Indigènes..."ça va faire de la peine a Jean-marie..."

Indigènes..."ça va faire de la peine a Jean-marie..."
Une bonne nouvelle: la reconnaissance au festival de Cannes du film "Indigènes" de Rachid Bouchareb, qui remporte la palme (collective) du meilleur acteur, avec Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Roschdy Zem et Sami Bouajila.
Ce film rend hommage aux millers de tirailleurs d'Afrique et notamment du Maghreb qui ont donné leurs vies pour défendre la France lors des deux guerres mondiales.

Article de Jacques Mandelbaum pour LeMonde.fr:

Rachid Bouchareb, au nom de tous les siens morts pour la patrie

"C'est nous les Africains/Qui revenons de loin. Nous venons des colonies/Pour sauver la patrie/Nous avons tout quitté/Parents, gourbis, foyers/Et nous avons au coeur/Une invincible ardeur/Car nous voulons porter haut et fier/Le beau drapeau de notre France entière." Le début de cet hymne aujourd'hui oublié, chanté par les troupes de tirailleurs venus d'Afrique et du Maghreb, est au centre d'un chapitre méconnu de l'histoire de France : la contribution des sujets de l'Empire venus mourir sur le champ de bataille des deux guerres mondiales pour la défense de la patrie. On l'entend en partie dans le nouveau film du cinéaste Rachid Bouchareb, Indigènes, projeté en compétition officielle le jeudi 25 mai, au festival de Cannes.

Le film, qui aligne les quatre têtes d'affiche françaises issues de l'immigration maghrébine - Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Roschdy Zem et Sami Bouajila -, évoque l'épopée du corps expéditionnaire français, constitué en majorité de troupes recrutées en Afrique, sur le front d'Italie en 1943, puis la part active qu'il a prise dans la libération de la France depuis Toulon jusqu'à l'Alsace.

On rencontre son réalisateur, ce même jeudi, au plus mauvais des endroits et au plus mauvais des moments, du moins pour une conversation un tant soit peu normale : dans cet espace-temps apocalyptique qui sépare la projection de presse (8 h 30) de la projection officielle du film (19 h 30), sur une plage dévolue à cet effet, où se pressent dans un chaos indescriptible l'équipe archistressée du film et la presse non moins surchauffée qui tente de lui mettre le grappin ou le micro dessus. Sec comme un coup de trique, la stature fluette et les tempes grisonnantes, Rachid Bouchareb tente de faire face à l'avalanche de sollicitations qui le distraient de son propos. C'est de fait un grand jour pour cet homme terriblement attachant, l'avènement d'un projet qu'il portait de longue date comme celui d'un parcours professionnel qui n'avait au départ rien d'évident. Né en 1959 à Paris et élevé en banlieue parisienne, à Bobigny, il grandit aux côtés de huit frères et soeurs auxquels ont donné naissance des parents originaires de l'Ouest algérien (non loin de Tlemcen) et installés en France depuis 1947 pour participer à la reconstruction économique du pays.

Le père est manoeuvre, et Rachid, après des études techniques, entre rapidement dans la vie active, comme tourneur, puis comme dessinateur industriel. Mais "l'envie de raconter des histoires", associée "aux souvenirs éblouis des westerns de Sergio Leone découverts dans (son) enfance", ne tarde pas à le rattraper. L'opportunité d'une formation professionnelle lui permet de postuler et d'être reçu au concours d'une école de cinéma, lequel cinéma ne le quittera plus désormais.

Son quatrième court métrage, sélectionné (déjà) au Festival de Cannes, lui permet ainsi de faire la connaissance du défunt Humbert Balsan, qui devient rapidement un ami et qui produit surtout en 1985 son premier long métrage : Bâton rouge.

Avec ce titre, puis avec Cheb (1991), Rachid Bouchareb fait figure de pionnier dans la représentation d'une population qui n'avait guère droit de cité au cinéma jusqu'alors en France. Deux ans plus tard, ce jeune homme de 28 ans, bien décidé à mener sa barque comme il l'entend - "j'étais quand même une sorte d'ovni à l'époque" - fonde également sa propre société de production, 3B, en association avec Jean Bréhat, qui était régisseur adjoint sur Bâton rouge. La société et l'association existent toujours aujourd'hui, qui peuvent s'enorgueillir de la production d'une quinzaine de longs métrages, parmi lesquels ceux de Rachid Bouchareb mais aussi de Bruno Dumont, Ziad Doueiri, Bourlem Guerdjou ou Anne Villacèque.

Comme nul n'est prophète en son pays, Rachid Bouchareb est sans doute, comme auteur, le plus lent de tous. Cinq longs métrages en vingt ans, parmi lesquels le remarquable Little Senegal en 2001, qui évoque, entre l'Afrique et les Etats-Unis, la mémoire de l'esclavage.

Comme quoi il existe des cinéastes en France qui sentent remarquablement leur époque. C'est a fortiori le cas d'Indigènes, dont il caresse le projet depuis une dizaine d'années. "Ce film, c'est mon histoire, c'est là d'où je viens, c'est l'histoire de mes ancêtres, ce sont les récits que j'entendais dans mon enfance, et je me suis aperçu que cette histoire, personne ne la connaissait, qu'on ne l'apprenait pas à l'école et qu'aucun film sur la seconde guerre mondiale n'en avait vraiment parlé. C'est une histoire de fidélité à la mémoire de ces hommes qui aimaient la France, ignorés aujourd'hui aussi bien par leurs petits-enfants que par l'ensemble des Français."

Il se lance alors dans un travail de recherche et de documentation frénétique, rencontre même des survivants de cette armée d'Afrique qui a versé son sang pour la libération de la France, sans autre contrepartie que l'indifférence de ce qui se révélera un marché de dupes.

Coproduit par la France, le Maroc, l'Algérie et la Belgique, Indigènes est une grosse production estimée à 14,6 millions d'euros, dont le tournage a duré un an et demi et la postproduction un an. Sa sortie est prévue en France pour septembre. Le comédien Jamel Debbouze s'est impliqué personnellement, en devenant coproducteur du film et en obtenant du roi du Maroc qu'il mette à disposition la logistique de l'armée de son pays.

Pour Rachid Bouchareb, cette aventure, la plus ambitieuse qu'il ait entreprise à ce jour, aura évidemment été difficile, mais il tient à souligner combien il aura reçu, en France, de soutiens, publics et privés, pour la réalisation de ce projet. Une harmonie qui est loin de correspondre au climat du pays réel et c'est évidemment aussi pour cela que le cinéaste a fait ce film : "Il y a un malaise énorme en France, depuis beaucoup trop longtemps. Il va falloir, très vite, que ces enfants d'immigrés, qui sont des Français comme les autres, se sentent chez eux dans ce pays et qu'ils partagent le fruit de ses richesses à égalité avec les autres citoyens. Je connais le problème en profondeur, j'ai vécu en banlieue, et le fossé est d'abord économique. Mais il faut le combler de toute urgence avant que le modèle communautariste américain ne gangrène ce pays."


Sortie en salle >>> le 27 septembre 2006

BLOG DE L'ASSOCIATION "AVEC": Atelier Vidéo Elan de Créativité

# Posté le mercredi 31 mai 2006 08:42

Modifié le mercredi 23 mai 2007 00:56

Massacre a Haditha.

Massacre a Haditha.
MASSACRE A HADITHA

La polémique enfle aux Etats Unis concernant cette affaire dévoilée par le Time en janvier dernier et dont la véracité s'affirme de plus en plus depuis la mi-mai.
(On en parle pas en France, on préfère consacrer 20 minutes du JT a la mort d'Edouard Michelin)

Très rapidement, que s'est il passé?

En novembre dernier, 24 civils iraquiens sont retrouvés morts a Haditha, une ville a 260 km a l'Ouest de Bagdad. Version officielle de l'armée américaine: une bombe artisanale a explosée. Comprenez: attentat d'un kamikaze iraquien, et donc aucune responsabilité américaine dans ce massacre.
Oui mais seulement une fillette de 9 ans a survécu a ce massacre. Et elle n'a bien évidemment pas la meme version que les soldats US. D'après elle, les soldats sont arrivés et ont tué de sang froid les civils (femmes et enfants compris...), un véritable bain de sang.
Des enquêtes de la Naval criminal investigative service (NCIS) et du Pentagone avaient été ouvertes a la suite des révélations du Time en janvier. Les conclusions vont etre rendus dans les prochains jours. Selon des sources proches de l'affaire et de l'enquête, plusieurs militaires vont etre inculpés de meurtres et de faux témoignages. Ils auraient assassinés les civils pour se venger suite a la mort d'un soldat américain. Le réprésentant républicain au Congrès, John Kline, a déclaré: "Il n'y a aucun doute que les Marines qui apparemment sont impliqués là-dedans ont menti, ils ont certainement essayé d'étouffer l'affaire. Ca va devenir une vilaine histoire".
Pour le Washington Post il s'agit là de "la la plus grave violation du droit de la guerre par les forces américaines en trois ans de conflit".

Georges Bush a quant a lui affirmé n'avoir pris connaisssance de l'affaire qu'en janvier, soit deux mois après les faits...



INFO DE DERNIERE MINUTE
DEPECHE AFP, REUTERS, LE MONDE du 31 mai 2006 a 19h53:


L'enquête sur l'assassinat de civils irakiens à Haditha confirme l'implication des marines

LEMONDE.FR avec AFP et REUTERS| 31.05.06 | 19h53

Six mois après les faits, les mises en cause s'accumulent contre l'armée américaine, soupçonnée d'avoir tué 24 civils, dont des femmes et des enfants, en novembre 2005, dans la ville irakienne de Haditha (nord-ouest de Bagdad) en représailles après la mort d'un de ses hommes. Après les révélations de la presse, les accusations des élus et les aveux, à demi-mots, du Pentagone, le New York Times enfonce le clou dans son édition du 31 mai en dévoilant les conclusions de l'enquête militaire sur cette affaire.

Le colonel Gregory Watt, l'officier en poste en Irak qui a conduit cette enquête en février et en mars, est parvenu à la conclusion que les victimes ont été exécutées par balle, vraisemblablement par les marines, victimes d'une embuscade de la guérilla. Parmi les pièces à conviction citées, des certificats de décès contredisant les affirmations du Pentagone, qui soutenait que les civils avaient trouvé la mort lors de l'explosion d'une mine. "Toutes les victimes irakiennes portaient des traces de blessures mortelles par balle, dans la tête ou la nuque", affirme le New York Times, confortant la thèse que les GI, aveuglés par la rage d'avoir perdu l'un des leurs lors d'un attentat la matinée précédant le massacre, se sont livrés à des exécutions sommaires à Haditha avant de tenter de dissimuler leurs agissements.

Face aux critiques croissantes, la Maison Blanche s'était engagée, mardi, à informer les Américains des résultats de l'enquête militaire ouverte sur cette affaire.

UN "MY LAI IRAKIEN"

De plus en plus de médias américains comparent déjà cette tuerie à celle de My Lai, le 16 mai 1968 au Viêtnam, lorsque des militaires américains avaient tué un demi-millier de villageois. Un massacre qui avait à l'époque fortement ému l'opinion publique américaine et ébranlé le moral des soldats engagés dans le conflit vietnamien tout en motivant le combat des pacifistes.

"Le massacre de Haditha a porté davantage atteinte aux objectifs des Etats-Unis en Irak que le scandale des exactions à la prison d'Abou Ghraïb", a affirmé pour sa part John Murtha, membre démocrate à la Chambre des représentants et ancien marine.

Selon des informations parues dans la presse, les enquêteurs devraient demander des inculpations pour meurtre, homicide par négligence, manquement au devoir et rédaction d'un faux rapport. La revue Time, qui a révélé cette affaire en mars, affirme que trois officiers, dont un commandant de compagnie et un commandant de bataillon, ont d'ores et déjà été relevés de leurs fonctions.

Dans sa première réaction publique à cette affaire, le président George W. Bush s'est dit, mercredi, "troublé". "Ceux qui ont enfreint la loi, si la loi a été enfreinte, seront punis", a-t-il promis.

# Posté le mercredi 31 mai 2006 08:22

Modifié le mercredi 23 mai 2007 01:03

Les animaux malades de la peste...

Un édito par la ---> Impunité

Une fable par ici:

Les Animaux malades de la peste


Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

# Posté le dimanche 28 mai 2006 19:48

Modifié le mercredi 23 mai 2007 00:56

Clearstream

Clearstream
Quelqu'un veut rajouter quelque chose?

# Posté le jeudi 18 mai 2006 16:50

Modifié le mercredi 23 mai 2007 00:56

Est-on trop indulgent envers Israël ?, par Shlomo Sand (Article du Monde du 13 avril 2006)

Est-on trop indulgent envers Israël ?, par Shlomo Sand (Article du Monde du 13 avril 2006)
Le verdict des urnes dans les territoires de l'Autorité palestinienne a été critiqué par la quasi-totalité des capitales occidentales qui, en revanche, ont accueilli avec satisfaction la nouvelle donne issue des élections israéliennes. Le fait que beaucoup d'Israéliens aient commencé à exprimer leur lassitude après de longues années d'occupation des territoires palestiniens peut, effectivement, être perçu comme une évolution positive dans cette "guerre de cent ans" des temps modernes.

Mais les choix politiques du peuple palestinien sont disqualifiés par les porte-parole américains, au motif que les vainqueurs des élections ne sont pas disposés à reconnaître l'Etat d'Israël. Cela constitue un problème, mais faut-il vraiment s'en étonner ? Depuis maintenant quatre décennies, tous les gouvernements d'Israël, de droite comme de gauche, n'ont cessé d'autoriser ou d'encourager le processus de colonisation qui ronge, année après année, de nouveaux morceaux du territoire palestinien.

Après le refus historique permanent d'Israël de reconnaître ne serait-ce qu'une part de responsabilité dans l'origine du problème des réfugiés palestiniens en 1948, et après avoir tout fait pour réduire en miettes le prestige et le semblant de souveraineté de l'Autorité palestinienne, la population des territoires, soumise à l'occupation, a majoritairement opté pour une alternative politique plus ferme, mais aussi moins corrompue. Certes, le Hamas, de l'avis général, joue un jeu dangereux, et il est peu probable qu'il trouve un soutien durable auprès du peuple palestinien, particulièrement éprouvé. Cependant il assume le risque de défier Israël et l'Occident. Il n'a pas pour autant rejeté totalement l'idée d'une reconnaissance mutuelle, laissant même entendre qu'il y serait disposé sous certaines conditions.

L'Etat d'Israël, c'est un fait, n'a jamais reconnu une Palestine dans les frontières de 1967, pas plus qu'il n'a reconnu Al Qods (la partie arabe de Jérusalem) comme capitale de l'Etat palestinien ; pourquoi, dans ces conditions, reconnaître un tel Israël ? En 1988, le mouvement national palestinien a majoritairement fini par adopter le principe du partage de la Palestine. Mais Israël n'a toujours pas admis, à ce jour, le principe du droit à l'autodétermination du peuple palestinien, sans pour autant se voir menacé de boycott par le monde occidental. Des pressions ont pu être exercées, çà et là, sur Israël, mais nul recours à la menace publique et aux sanctions.

Pourquoi, les Américains n'adoptent-ils pas une attitude semblable à l'égard du gouvernement Hamas ? Il faut, évidemment, chercher la réponse dans leur relation historique déséquilibrée vis-à-vis des Israéliens et des Arabes. Il n'aura guère fallu plus de deux semaines pour que la Syrie retire ses troupes du Liban, à la suite de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, alors que, depuis 1967, les Etats-Unis opposent systématiquement leur veto à toute tentative de résolution intimant à Israël d'évacuer les territoires occupés. Face à la négation, depuis trente-neuf ans, des droits politiques et humains de tout un peuple, le monde occidental démocratique se tait. Il a fallu l'outrecuidance du vote des Palestiniens en faveur du Hamas pour l'arracher à son silence !

Le monde, en revanche, ne tarit pas d'éloges à l'égard d'Ehoud Olmert, tout comme il avait fini par encenser son prédécesseur, Ariel Sharon : tous deux auraient la trempe d'un de Gaulle. Mais ni l'un ni l'autre n'a envisagé de négocier avec les Palestiniens une "paix des braves". Bien au contraire : Israël édifie un mur de séparation, non pas sur son territoire, mais sur celui des Palestiniens ; Israël met tout en oeuvre pour annexer la partie orientale de Jérusalem, y compris ses Lieux saints ; Israël expulse des populations palestiniennes de la vallée du Jourdain afin de parachever l'encerclement des Palestiniens et densifie sa présence dans la zone étroite entre les territoires occupés au sud et au nord de Jérusalem afin d'empêcher toute continuité territoriale dans le futur Etat palestinien. Tout cela n'empêche pas Israël de se voir décerner bons points et appréciations flatteuses. Pourquoi, en effet, s'embarrasser des principes de justice et d'égalité des droits, si cette politique des faits accomplis par la force assure trente-neuf années supplémentaires de tranquillité relative, avec un niveau limité de terrorisme local ?

Mais les élections israéliennes n'ont pas traduit uniquement la victoire du sentiment de lassitude vis-à-vis de l'occupation et de la terreur meurtrière qu'elle a engendrée. L'"Etat juif et démocratique", qui, selon sa propre définition, n'est pas la république de tous ses citoyens, mais un Etat pour les juifs du monde entier, est saisi d'une crainte majeure : celle de l'évolution du rapport démographique entre juifs et Arabes sur l'ensemble des territoires dont il a pris possession. Cette préoccupation a guidé hier le retrait israélien de la bande de Gaza ; elle explique aujourd'hui le succès du parti Kadima et la popularité de son projet de "regroupement".

La droite "territorialiste", qui rêvait du "Grand Israël", est aujourd'hui en recul au profit d'une droite "ethniciste" qui a le vent en poupe : le parti Notre maison Israël d'Avigdor Liberman, dont les immigrés de Russie constituent l'essentiel de l'électorat, veut exclure des frontières d'Israël les régions peuplées d'Arabes israéliens afin de parvenir à un Etat juif "homogène". Ce parti, qui prône ouvertement une épuration ethnique, jouit désormais d'une pleine légitimité dans la culture politique israélienne. Ehoud Olmert, le futur premier ministre, l'a invité à rejoindre son gouvernement, selon le principe que seuls des partis juifs et sionistes peuvent participer à sa coalition. De ce fait, il confirme ce qui est connu de tous : l'Etat d'Israël n'est démocratique que pour ses juifs et juif pour ses Arabes.

En tant qu'Israélien, fils de juifs qui se sont vu dénier, au XXe siècle, le droit de citoyenneté au motif de leur origine, comment ne pas s'effrayer de la perspective d'un Etat juif "purifié" ! Il y a donc urgence à mettre fin à l'occupation et au cortège d'actes meurtriers qu'elle nourrit, mais aussi à vacciner l'Etat d'Israël contre le virus raciste qui menace de le contaminer !

Traduit de l'hébreu par Michel Bilis.
Shlomo Sand est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Tel-Aviv.

# Posté le dimanche 16 avril 2006 09:23

Modifié le mardi 22 mai 2007 12:05